Tranches de Vie

14 septembre 2016

Boa Vida

 

Mon amie vient du sud. J'ai pas vraiment l'habitude. Je commence par l'apprécier pour finir par vraiment l'aimer. Avec elle, je veux absolument tout partager. J'ai trois semaines de congés, alors je me fais pas prier ! Attention, chers passagers, on va bientôt décoller !

 

On est restées quelques jours dans le nord du pays. Je suis passée par Balalha pour mieux m'imprégner de sa culture et j'ai bien sûr parcouru les rues de Porto. Oui, j'ai bien mangé et je me suis cultivée mais non, je me suis pas saoulée. Le vin, c'est bien bon mais avec modération ! J'ai simplement goûté quelques produits locaux sur le grand marché et pique niqué sur la Praça Mouzinho de Albuquerque. Quelle jolie colonne j'ai pu admirer ! Je pouvais pas la rater !

 

J'ai pris plaisir à visiter le Colisée et le musée d'art contemporain. Un passant nous a prises en photo dans les jardins du palais de cristal. Ensuite, on a flâné dans la Rua Santa Catarina, la rue commerçante par excellence. Je pouvais pas repartir sans mon petit souvenir, ah ça non ! Enfin, fatiguées, on a rejoint l'hôtel en coupant par la veille ville. Eh oui, je me refuse rien, je suis pas touriste pour rien !

 

Au cours de ce même séjour, j'ai pu remonter le temps en déambulant dans les rues de Braga et de Bom Jesus . Entre églises et abbayes, j'étais servie ! Franchement, à certains moments, on se serait crues à Rome ! Qu'elle est belle la plaine de l'Alentejo ! Dans la ville romaine d'Evora ou dans le village médiéval de Marvao, j'en ai appris des choses. J'en redemande !

 

J'ose parler et je suis écoutée ! A Lisbonne non plus, j'ai pas été déçue. La capitale et ses environs valent vraiment le détour. Entre les célèbres fortifications du château Saint-Georges, les palais royaux de Sintra et le port de Bélèm, ville des grands explorateurs, il y a de quoi faire ! Heureusement, les bus jaunes étaient là pour ménager mes pauvres guibolles ! Le Portugal est décidément chargé d'histoire.

 

Après l'effort, le réconfort ! On s'est arrêtées à Coimbra pour siroter un café dans une ambiance bonne enfant avant de repartir et d'assister à une tourada, voir le forcados manier sa monture et mettre le taureau à terre. J'ai adoré ! Au moins, eux, ils évitent la torture et les bains de sang ! Les fêtes patronales, c'est bien sympa. Il y a des feux d'artifices, des défilés et processions, des danses traditionnelles..... Tout le monde y trouve son compte !

 

Partout, absolument partout, vous entendez raisonner le fado, chant traditionnel portugais. Au rythme des violes et guitares, les artistes se laissent gagner par la mélancolie et évoquent entre autres leurs amours perdus. J'ai testé et même si personne peut égaler la grande diva Amalia Rodrigues, mes oreilles se sont régalées !

 

Vous voulez rester au vert ? Venez vous balader dans les parcs nationaux comme celui de Montesinha ! La bas, vous respirerez l'odeur de la bruyère et vous reposerez à l'ombre des châtaigner. Qui sait, avec un peu de chance, vous verrez peut être voler un aigle !  Moi, je préfère suivre mon amie et poursuivre ma route vers le sud pour me dorer la pilule sur les longues plages d'Algarve. Rien de tel avant de reprendre le boulot ! Eh oui, quand faut y aller, faut y aller ! Motivée, motivée...

Proposé par Marlène


Michel

Hier encore, elle était là. Elle était lasse mais bel et bien là, avec moi. On s'est baladés dans le parc Sainte Madeleine pendant deux bonnes heures. Comme tous les soirs, peu avant 21h, nous nous sommes confortablement installés devant le cheminée pour siroter une bonne tasse de thé au gingembre. C'était son préféré. J'ai ensuite obtenu gain de cause : on a regardé la septième compagnie et déconné à pleins tubes. On a ri à en pleurer. Détendus comme jamais, on s'est couchés, un peu plus tôt que d'habitude. Blottie contre moi, elle s'est endormie, insouciante. Quelques minutes plus tard, rassuré, je l'ai suivie.

Au petit matin, c'est la stupeur. Élise est là, allongée de tout son long, totalement inerte. Encore chaud et tourné vers moi, son corps de déesse ne réagit plus. Je lui parle mais elle ne répond pas. Il est trop tard. La machine s'est arrêtée. Elle a rendu son dernier souffle et m'adresse un dernier sourire, figé à jamais au fond de ma mémoire. Plongé dans mes rêves les plus fous, je n'ai rien fait. Elle m'a quitté et je n'ai rien vu, rien entendu. Elle est partie pour toujours, me laissant seul avec son absence. Pauvre chérie, elle n'avait que quarante ans.....

Je ne serai plus jamais le même. Dans mon cœur, le diable a creusé un trou sans fond. Arrachée à moi, elle me manque cruellement. Son départ si soudain me ronge de l'intérieur. Je suis brisé. Je ris dehors et je pleure dedans. Cette nouvelle blessure ne se refermera pas de sitôt. Je n'ai jamais connu de si vive douleur. Caque soir, à la même heure, je m'assieds dans mon grand canapé de cuir noir. Cette vieillerie est aussi noire que le contenu de mes pensées. Je reste là à me morfondre, sa photo à la main. Chaque seconde qui passe me rappelle à son souvenir. Élise est partout, tout me ramène à elle : son parfum, son odeur, la douceur de sa voix et tant de choses encore.....

Elle ne reviendra pas et je le sais pertinemment. Pourtant, je la vois, je la sens, je l'attends. Son rire qui résonne au loin, ses boucles blondes qui ondulent sous mes doigts, le contact de sa peau contre la mienne, toutes ses petites blagounettes hebdomadaires si stupides mais si drôles.....

 

Élise n'était pas l'élue de mon cœur ni la femme de ma vie. Elle était bien plus que ça : la gentillesse incarnée. Elle était droite, simple, tendre et généreuse. Elle défendait les plus nobles causes. Je l'adorais. Je l'admirais. Elle était mon pilier, ma bouée. Personne ne pourra la remplacer. Pourquoi elle, pourquoi moi, pourquoi ça ? Je ne sais pas, je ne sais plus, je suis perdu.

Élise, je ne sais pas exactement où tu te trouves. Tu es peut être devenue un ange ou une bonne étoile. Où que tu sois, j'aimerais que tu entendes ce message. Je voudrais que tu me pardonnes et que tu penses à moi sans jamais m'oublier. Je te promets d'être un homme digne et de faire face contre vents et marrées. Au boulot, je vais me défoncer. En famille, je vais assurer comme un chef. Je te jure de protéger notre petit trésor et de l'aider à lutter contre l'adversité. Elle ne manquera de rien. Tout comme toi, elle sera quelqu'un de bien. Elle obtiendra de bonnes notes et un bon job. Je ferai tout mon possible pour la rendre heureuse. Tout ce que je ferai, je le ferai pour nous trois. Tu seras fière de moi.

Je t'aime tellement que pour t'étreindre mes bras ne sont pas assez grands. Dors, dors mon bébé. Paix à ton âme...

Proposé par Marlène

 

Robert

25 juin 1970. Ce jour là, ils m'ont remis mon diplôme. Je nageais en plein bonheur. Je pensais avoir réalisé mon rêve le plus fou mais ce n'était pas le cas, pas du tout. Je ne le savais pas encore mais en acceptant d'exercer le métier de traducteur, j'acceptais de vivre l'horreur.

 

J'espérais faciliter la communication entre les peuples du monde entier, faire tomber bien des barrières pour que nous puissions nous exprimer, nous qui sommes tous des frères. Je pensais pouvoir apprendre des tas de choses pour la bonne cause. Je voulais faire rêver petits et grands, leur permettre de voir la vie autrement. Je me voyais lire, écrire et jouer avec les mots pour rendre notre monde un peu plus beau. Depuis ce jour, je trime du soir au matin mais croyez moi, il n'en est rien.

 

Oui, tout le monde nous ment. On nous vend une réalité et pour la vivre, on est prêts à tout donner. Comme les autres, j'y ai cru, je me suis battu et ce fichu bout de papier, je l'ai obtenu. Malheureusement, au fil du temps, je me suis rendu compte d'une chose : œuvrer dans la linguistique, ce n'est pas toujours rose.

 

Je voudrais partager de jolis moments avec ma femme, mes enfants et petits enfants. Je voudrais rire, sourire. Je voudrais cesser de m'abrutir et ne plus tant souffrir. Au lieu de cela, je cours après les contrats. Ma patience n'est que rarement récompensée et ya pas de quoi s’exciter. J'achève parfois de longues et difficiles traductions mais je ne gagne jamais beaucoup de pognon.

 

Je passe des heures et des heures derrière mon ordinateur. Je stresse, je pleure, j'ai mal à la tête et au cœur. Dans ma vie, mes clients viennent jouer les troubles fêtes. Pour eux, je ne touche que de vulgaires clopinettes. Je suis devenu un robot et ma vie n'a plus aucun sens. Je voudrais tant pouvoir partir en vacances !

 

Je ne vois pas non plus mes amis. Aujourd'hui, j'en suis sûr, ils croient que je les oublie. Je reste coincé entre ces quatre murs que je ne peux plus voir en peinture. Je suis seul, terriblement seul. C'est dur, vraiment très dur. Vous n'imaginez pas tout ce que j'endure. Je voudrais juste me poser, tout simplement pouvoir souffler !

 

Je l'ai dit, mes clients sont parfois très embêtants. Pour eux, je me vide de mon énergie, je ne compte plus mon temps. Pourtant, avec eux, je ne triche pas. Je vous promets, je ne suis pas comme ça. Je leur envoie des devis. Je le sais, ce qui est pris est pris. Non, je ne vole pas leur argent, cela n'est pas permis.

 

Dans le milieu, il est vrai qu'il faut qu'on se dépêche. Cependant, pardonnez mon honnêteté mais nos clients ne sont pas tous des flèches. Il nous faut parfois parlementer pour les convaincre de ne pas nous sous-estimer. Nos textes ne se pondent pas comme des œufs. Ce sont des produits de qualité, non de Dieu ! Nos clients s'en fichent, ils n'y connaissent rien et nous le montrent bien !

 

Je cherche un terme, une formule ou bien encore le nom d'une molécule. L'horloge tourne, je m'énerve, je fatigue, je me sens nul. Parfois, je me dis que ça mériterait une bulle. C'est vrai, le soir, je pique du nez sur ma feuille. Cependant, je ne pense pas que mes proches m'en veuillent. Devant mon écran, il m'arrive d'en faire autant. Je vous jure, la traduction, c'est de la folie pure !

 

Expérimentés ou à l'essai, mes collègues et moi devons fournir un travail parfait. Les textes sont traduits et pourtant, rien n'est fini. Stylo à la main, je suis armé. Je ne laisserai rien passer. Je chasse les erreurs d 'orthographe, de style ou de grammaire. Mon étourderie va me coûter cher !

 

A vingt-quatre ans, j'étais jeune, insouciant et mignon. Les profs, eux, m'ont tous pris pour un con !

Proposé par Marlène

16 juin 2016

Clara

Après trois échecs, je décide de tenter le tout pour le tout. Malheureusement, rien ne prend. Je vais de désillusion en désillusion. Au plus profond de moi, je me sens meurtrie. Mon pauvre corps de femme est tout abîmé. Après toutes ces années de galères, je baisse les bras. Je n'y crois plus le moins du monde. Dans mes yeux comme dans mon cœur, après avoir longtemps vacillé, la flamme s'est éteinte. Les jours se suivent et se ressemblent. L'amour et la présence de Thomas ne parviennent pas à combler ce vide immense qui me caractérise.

 

20 mars 1997. Comme tous les matins, je suis à la fois lasse et angoissée. Je n'ai aucune envie de me lever. En fait, je n'ai envie de rien. J'aimerais juste qu'on me fiche la paix. Pourtant, d'un coup d'un seul, ma vie toute entière est bouleversée. Je crois rêver mais une fois pincée par Tommy, je me rends à l'évidence : je suis enceinte. Neuf mois durant, je vais porter ce petit être tant désiré. Excitée comme une puce, j'essaie tant bien que mal de garder mon calme. Dans ma petite tête habituellement si creuse, tout se bouscule: il ou elle ? Quel prénom allait on bien pouvoir lui donner ? A qui ce bébé va t'il ressembler ?

 

24 décembre 1997 Dans l'ensemble, on peut dire que la grossesse se passe bien. Seul petit bémol : les dernières nuits ont été particulièrement difficiles. Une fois de plus, le petit Yaël se fait attendre. Chaque jour est un jour de trop. Je suis tellement fatiguée... Confortablement assise près de la cheminée, je m'apprête à entamer un nouveau chapitre quand soudain.... c'est le moment !

 

Après d'intenses efforts, Yaël Perrel est né. En apparence, ce petit homme a l'air craquant. Pour ma part, je ne réalise pas du tout. L'arrivée de mon fils ne me fait ni chaud ni froid. Il paraît qu'il devrait m’inonder d'amour dés les premières secondes. Son tout premier cri devrait résonner comme un éclat de joie. Chez moi, c'est tout l'inverse. Ce moment magique me paraît insurmontable. Dans ma vie est entré un véritable petit monstre dont les pleurs me paralysent. Cette étrange créature m'impressionne réellement. L'excitation laisse place à une peur panique. Totalement désorientée, je verse toutes les larmes de mon corps. Mes mains tremblent et mon cœur saigne. Je suis morte de trouille et ne peux rien y faire. Pourquoi ?

Je ne peux ni le toucher ni soutenir son regard. Il hurle à m'en crever les tympans. Je suis sa mère mais je ne le supporte pas. Il m'appelle, il me parle mais je ne le comprends pas. Je ne l'aime pas. Pour tout vous dire, il m'encombre. Je voudrais pouvoir m'en séparer mais je ne peux reculer. Au fil des heures, ma tête prend l'apparence d'une citrouille. Cette citrouille, le père noël est venu la creuser pour y glisser des tonnes d'emmerdes. Franchement, il m'a pas gâtée ! J'en peux plus, je vais exploser. Thomas et moi avons au moins un point commun : l'impuissance. Il ne sait que dire ni que faire pour me venir en aide. Il ne veut pas lâcher ma main. Il m'embrasse, me chuchote des mots tendres. Il me dit que j'ai bien bossé, qu'il sera là pour me relayer. Le temps passe mais rien y fait. De violentes bourrasques viennent balayer mes beaux projets. Tous mes rêves s'envolent . Adieu mon couple, adieu mes amis, adieu ma liberté.... Yaël m'a tout volé. Je devrai pourtant l'apprivoiser. Serai-je à la hauteur ? Ce soir, j'ai compris une chose : le bonheur n'existe pour personne. Mes blessures ne pourront sans doute jamais se refermer. C'est un cauchemar, une malédiction ! Sortez moi de là !

Proposé par Marlène

 

 

02 juin 2016

Plouf!

Mon enfance fut heureuse, oh que oui ! J’ai été choyée et aimée par mes parents. Aujourd'hui, je vous emmène dans un endroit unique où j’ai passé de précieux moments et engrangé de vrais souvenirs de gosse. Bienvenue à la piscine du bonheur !

Habitués, gens du coin, tous se retrouvent ici avec le même entrain, la même joie, le même enthousiasme. Vous allez rire mais une chose est sûre : cette piscine- là, elle a une âme ! Piscine d’été et de quartier, j’aime son caractère sauvage et convivial. Tous les ans, on attend la mi-juin avec impatience !

On se baigne le temps d’une pause déjeuner, d’un bel après-midi ensoleillé. Les plus courageux viennent faire quelques longueurs le dimanche matin. Certains préfèrent venir en profiter sur le tard après une journée de boulot, quand la chaleur est moins forte.

Chacun y trouve son compte : jeux, détente, entraînement improvisé.... Tous paraissent sereins et calmes. Certains font bronzette assis au bord du grand bain tandis que d’autres restent au frais sur leur serviette, étendue dans l’herbe à l’ombre des arbres. Certains lisent un bouquin pendant que d’autres dorment.

Les enfants s’éclatent et s’en donnent à cœur joie ! Ils sautent dans l’eau encore et encore….. et se fichent pas mal de nous éclabousser au passage. D’autres jouent au ballon avec leurs parents ou leurs copains. D’autres encore se lancent pour leur grande première.

Après tous ces efforts vient le réconfort. Ah… la buvette et les sempiternelles frites ! Je me souviens d’une dame accueillante et chaleureuse qui tenait la buvette. Légèrement enrobée, brune d'âge moyen, elle avait toujours une histoire drôle à raconter. Putain qu’est-ce qu’elles étaient bonnes ses frites ! Les merguez, steaks et chipolatas aussi. Ses glaces étaient tout aussi agréables à déguster en période de canicule. Bref, tous ses pt’its plats étaient bons, bien que non faits maison. Plus qu’une buvette c’était pour nous presque un mythe, un lieu de rencontre. Il y régnait une ambiance particulière. Aujourd’hui encore, on peut y manger un petit quelque chose.

Fin de la baignade, passage obligé en cabine. Un brin anciennes voire archaïques, on dirait des cabines de plage. Portes en bois, peintes de différentes couleurs avec un verrou approximatif. Elles ferment, c'est le principal !

Y paraît que ça va fermer. Pas assez rentable selon eux… Non ! Non ! Laissez- nous notre piscine !

 

 


22 mai 2016

Suzon

J'ai soixante quinze ans. Mes longs cheveux poivre et sel sont presque toujours emmêlés. Raides comme des manches à balai, ils sont bien trop difficiles à peigner ! Autrefois, je restais enfermée dans la salle de bain à confectionner le plus beau des chignons. Aujourd'hui, je n' en ai plus le courage ! En cherchant bien, vous finirez par trouver mes petites lunettes rondes qui chaque jour protègent deux grosses billes bleues. Aussi grosses soient elles, celles-ci ne font pas le poids face aux nombreuses rides qui traversent mon visage. J'ai le dos complètement voûté, je ne peux plus me redresser. J'ai mal aux pieds et au genou droit. Il paraît que ce sont des rhumatismes. Les médicaments, très peu pour moi ! Alors, je compte sur ma canne de bois pour me soulager un minimum. Elle aussi commence à prendre de la bouteille ! Oh, vieillesse ennemie...

 

Certaines passent des heures dans les grands magasins à la recherche du vêtement ou de l'accessoire idéal. Elles veulent se démarquer ou se faire remarquer, se plaire à elles-mêmes avant de plaire aux autres. Parfois, elles cherchent à marquer le coup. Tout y passe : bijoux à prix minis ou de folie, chemisiers tendances, foulards en cachemire.. Je ne suis pas de ces femmes là. Comme diraient les jeunes de maintenant, je ne suis ni branchée ni fachon. Je suis juste moi. Seul bémol  le soir, devant mon écran de télévision, je ne peux me passer de mon grand plaid blanc ni de mes pantoufles fourrées. Que voulez vous, je suis frileuse ! Je pense avoir une alimentation saine et équilibrée si vous voyez ce que je veux dire. Pourtant, je tiens à ma petite touche sucrée avant le coucher. Quatre quartiers de pomme et un tout petit carré de chocolat noir. C'est pas grand chose mais qu'est ce que c'est bon !

 

La plupart du temps, je passe mes journées seule dans mon petit studio de 35m². Pas de terrasse mais un petit jardinet qui me suffit amplement. Les voix des journalistes et le miaulement de mon petit moustache me tiennent tour à tour compagnie. Il m'arrive également de lire ou de faire des mots croisés. Il ne faut pas non plus oublier mes petits enfants qui me rendent visite et à qui je tricote de chaudes couvertures. Linda me demande même d'habiller sa poupée préférée. J'offre aussi quelques pièces à Emaus. Au village, on me surnomme l'as des aiguilles. Tom raconte à ses copains que je suis bonne cuisinière Tout comme sa petite sœur, il ne peut résister à mes pommes de terre au lait, mon filet de bœuf aux morilles ou ma jardinière de légumes maison. Je suis si heureuse de faire plaisir... Je réserve tout de même trente petites minutes pour ma sieste quotidienne. Je suis mamie gâteau mais je reste une mamie ! C'est le minimum syndical !

 

Hélas, depuis la mort de mon époux il y a six ans et la récente mutation de mon gendre, les choses ont bien changé. Les réunions de familles se font de plus en plus rares. Adieu les soirées dansantes, voyages organisés ou autres parties de cartes... Normal, à deux exceptions près, mes amis ont tous passé l'arme à gauche. Quant aux deux survivants, lui est enfermé et elle déprime !

 

Pour ma part, j'essaie tant bien que mal de prendre tout cela avec philosophie. Ce n'est pas une mince affaire. De temps à autres, mon visage se ferme. De grosses larmes viennent effacer mon beau sourire. La bonne humeur et l'optimisme laissent place aux coups de blues ou aux crises d'angoisse. Le temps me parait long. Les câlins, éclats de rires et autres blagounettes me manquent terriblement. Qui sait, je pourrais moi aussi tomber malade, perdre la boule et être rappelée à Dieu ! Sans aller aussi loin, un méchant voleur pourrait s'introduire chez moi et me priver de tous mes souvenirs ! Je pourrais me faire agresser et ne pas revenir entière.. L'avenir est écrit et rien ne changera. Un jour, mon heure viendra !

 

Mieux vaut ne pas y penser....

Proposé par Marlène

 

 

05 mai 2016

Joyeux Anniversaire!

Coucou ! Je m’appelle Flora. Aujourd’hui, on est samedi et ya tous mes copains et copines qui viennent à la maison. Ouais !!! On va jouer tout l’après-midi ! En plus y fait super beau ! Maman, elle a accroché des ballons de toutes les couleurs. Des bleus, des rouges, des jaunes..... Il y en a partout ! Même que ce matin, on a été en course et maman, elle a acheté PLEIN de choses !

J’ai invité ma meilleure copine Lucie et mes deux copains Théo et Mathis. J' vais avoir 8 ans j suis une grande maintenant. J’vais avoir mes cadeaux !

Ils arrivent ! Youpi, youpi ! Bon, on va jouer ! On est trop bien dans le jardin. On joue au loup glacé. C’est toi qui t’y colles maintenant. Ouais jt’ai touché ! Maintenant c’est toi le loup. Hi hi. Viiiite cachez-vous. Y va nous attraper !

Viens Théo, on va jouer au foot ! Moi j’aime bien les jeux de garçons. Je préfère être avec des garçons, à part ma meilleure amie Lucie. Ben oui c’est pas ma faute…

Allez, du basket maintenant ! vous savez quoi ? Papa vient de me faire un vrai panier. Il dit que c’est une surprise. J’suis trop contente !

Maman nous appelle. On va manger un gros gâteau et en plus y paraît qu’il est au chocolat. Huumm..... Papa et Maman ont mis une jolie nappe rouge avec des étoiles de toutes les couleurs. C'est beau ! Je sais pas lequel prendre. Le beau gâteau aux fraises a l’air bon mais j’aime aussi le chocolat. Maman, j’peux pas avoir un pt’it bout des deux si te plaît…

C'est trop bon. Théo Mathis et Lucie sont comme moi. Encore, encore !

Cette année ya 8 bougies sur mon gâteau. J’ai hâte de voir de quelle couleur elles sont. Ca y est, on me chante joyeux anniversaire. Et même qu’ils avaient baissé les rideaux et éteint la lumière pour que je souffle mes bougies. C’est trop beau. Whaou, je les adore, elles sont fluo !

Ouais les cadeaux !! ENFIN. Papa et Maman ont pensé à mon vélo bleu avec des dauphins dessus. Youpi !! Merci à Lucie pour mon livre sur les chevaux. Théo et Mathis m’ont amené un album à colorier et un super gâteau.

J'ai trop de chance. Moi, je voudrais que ce soit tout le temps mon anniversaire. Oh non, c'est déjà fini.... Vivement l’année prochaine !

Proposé par Marina

 

 

21 avril 2016

Camille

Ma maman, c'est une aventurière. Je suis très très fière. Elle a copié son père et son grand-père. Elle travaille partout sur la Terre. Elle est militaire. Elle part à la guerre. Elle veut pas nous abandonner, même pas nous oublier. Elle voudrait un beau pays, un pays où tout le monde est gentil. Elle va sauver ceux qui s'aiment et tuer ceux qui font semblant. Elle dit qu'elle veut le bonheur et elle a même pas peur. Maman, elle a raison. C'est la meilleure de toute façon.

 

Ma maman, elle est belle dans son uniforme. Le matin, quand tous les enfants dorment, elle est en pleine forme. Elle se lève à cinq heures, de très bonne humeur. Elle mange pas beaucoup mais elle tient le coup. Pour la France, elle ira jusqu'au bout. C'est comme ça et pis c'est tout.

 

Tous les jours, elle porte nos couleurs. Des fois, elle lève le drapeau, dans le ciel tout là haut pour dire que la France c'est beau. Qu'il neige, qu'il pleuve, qu'il vente, comme elle dit, elle chante . Comme tous ses copains, elle connaît la chanson par cœur, elle fait jamais d'erreur. Y en a qui disent qu'elle est balaise mais c'est normal : elle est marseillaise !

 

Même avant de travailler, ma maman, elle a assuré. Elle a travaillé dur, plus dur que moi à l'école. On lui a posé plein de questions,elle a jamais eu de colle. Elle a des yeux supersoniques et c'est très, très pratique. Elle marche, elle court, elle saute, elle lance, elle tire.... Elle fait plein de sport. Elle dit que son cerveau est plus fort que son corps. Elle utilise des produits dangereux même si c'est pas un jeu. Ma maman, elle est pas folle, c'est mon idole. Ya plein de trucs dans sa tête et c'est pas une mauviette.

 

Ma maman, elle cartonne, c'est une grande championne. Elle a déjà gagné plein de médailles, juste pour son travail. C'est la règle, on récompense les soldats quand ils chassent le malheur. Je suis d'accord avec elle : ses médailles, c'est pas de la camelote. Ma maman, c'est pas une chochotte. Non, je vous jure, c'est pas pour du beurre. Elle a même la légion d'honneur.

 

Quand ma maman elle est pas là, papa il arrête pas. Des fois, il a mal à ses nerfs. Ben oui, tout seul, à la maison, il a trop de choses à faire ! Il pourrait râler mais il le fait pas, il dit qu'il a pas le droit. Mon frère et moi, on fait les grands, on l'aide de temps en temps. Parfois, au téléphone ou dans l'ordinateur, on parle un peu et on entend maman, on entend sa voix. Moi, je voudrais lui faire un gros câlin. C'est pas évident mais on peut pas faire autrement !

 

Des fois, quand elle est partie, je regarde la télé dans son lit. Je mets son parfum et ses chaussures aussi. C'est interdit mais tant pis. Je pleure pas mais j'ai envie. C'est super dur, surtout la nuit. Je fais des gros cauchemars toute seule dans le noir. J'ai peur de pu jamais la revoir.

 

Papa, il disait qu'elle allait peut être pas revenir. Il disait qu'elle pouvait partir au ciel, qu'elle pouvait mourir. Moi, je voulais pas ça, je le croyais pas. Je croyais qu'il disait ça pour rire. Pour moi, il faisait exprès de mentir. Quand il disait ça, j'arrivais pas à dormir. J'avais une boule dans le ventre, j'avais envie de vomir....

 

Papa avait raison. Ma maman, elle est partie pour de bon. Un grand monsieur est venu chez nous. Il était habillé comme elle, debout, pas bien du tout. Il nous a dit que du sable s'était coincé dans les hélices de son hélicoptère et qu'il était tombé. Il a dit que maintenant, il était tout cassé. Moi, même si c'est la vérité, je comprends pas bien ce qui s'est passé.

 

Ma maman, je l'oublierai jamais. Je pense à elle. Elle fait dodo dans mon cœur et elle sera toujours là. Je l'aime tout fort et elle sera fière de moi !

Proposé par Marlène

 

07 avril 2016

C'est parti!

Ma copine vient de m’appeler. On se rejoint avec les potes samedi soir. Vivement samedi ! Vive les sensations fortes !

21 heures. La nuit tombe. On entend déjà les bruits des manèges. Les lumières viennent de s’allumer. C’est magique comme ambiance. Y en a pour tous les goûts.

Les gamins qui attrapent le pompon sur les manèges ont l'air heureux. D’autres gamins sont émerveillés par la pêche au canard. Ils sont fiers de choisir leur récompense quand ils réussissent : pistolet à eau, peluche, robot, jeux divers. Certains préfèrent le stand de tir où défilent des figurines de Lucky Luke qu’ils doivent faire tomber pour avoir des cadeaux. Un peu plus loin j’aperçois le palais du rire. C’est marrant mais c’est pas mon truc.

A droite, ya plein de stands, ça flash ! Du sucré, du salé. J’hésite entre les crêpes, les gaufres, la barba papa, les pralines. A moins qu’on se prenne des frites ? C’est tentant mais on vient de manger. Ya de la musique partout, c’est sympa. A côté, ya les machines à sous. Moi je déteste ça. Et pis je gagne jamais ! Juste à côté,ya la chenille. J’aurais aimé faire un tour mais j’ai pas assez de tune pour tout faire. Dommage….

Tiens, les auto-tamponneuses, j’adore ça et mes copines aussi. Je résiste pas. En plus la piste est pleine. Entre deux tours, j'me jette sur la voiture jaune fluo, elle est chouette. Le « attennnntion départ » a retenti. J’ai pris le volant mais je contrôle pu rien, je sais même pas où je vais mais c’est marrant. Ahhhh ! Ma copine, un peu tendue au début, se détend et on se pète un fou rire. Au tour prochain c’est elle qui prend le volant. Je rigole au moindre choc. Ben oui je m’éclate. On est porté par les spots multicolores et la musique branchée.

On aperçoit au fond comme un immense bras qui va et qui vient. Hâte de voir ça de plus près. Léo, un pote à moi n’arrête pas de répéter qui veut essayer. Et là qu’est ce que je vois. Le boomerang ! Y paraît qu’il a une vitesse de 4g, c’est trop bien ! J’en peux pu faut qu’je l’fasse ! On voit les gens. Tout en haut, ils crient, se lâchent. Avec les lumières partout on se croit dans la quatrième dimension. Quand ils sortent la plupart rient.

On monte. Les ceintures de sécurité se rabaissent d’un seul coup. Le plancher s’abaisse tout doucement. Le manège se met en route. L’adrénaline monte peu à peu. Hi ! Hi ! Trop bien ! Un petit tour sur nous-même pour commencer. Puis on va de droite à gauche lentement puis on prend de la vitesse jusqu’à voler. La vie défile et le vide est impressionnant mais putain on vole. On est libres ! Je crie de bonheur ! Le temps de quelques minutes j’oublie tout ! Je vole ! La vitesse et les lumières font le reste. C’est magique!

Oups il est déjà 1h du matin. Mes darons vont se demander ce que je fous… J’suis pas déjà endormie, je suis encore à fond dedans ! Mais une chose est sûre : j’me suis bien éclatée!

Proposé par Marina

 

 

24 mars 2016

Charles

Certains naissent avec un corps d'athlète et d'autres avec une mémoire d'éléphant. Le moins qu'on puisse dire, c'est que moi, j'ai franchement pas été gâté. Je suis né inachevé un matin d'été. Je suis bigleux et mes grosses binocles n'arrangent que très vaguement les choses. Mes deux cannes sont bancales et franchement usées. Résultat : je suis nase et je me casse la gueule pour un rien. Dans ma famille, on m'appelle Donald ou Brutus selon l'humeur du jour. Ah, je vous jure !

 

Le pire, c'est les autres. Au collège comme dans la rue, j'ai tout entendu. Je suis l'ovni, le monstre, l'estropié. Je viens d'une autre planète et il faudrait me buter. Les regards en coin, les messes basses, les coups montés, les rires moqueurs.... Tout y passe ! Je suis de trop, je ne suis pas moi et je vis un enfer. Le jour j'encaisse sans broncher et la nuit, je me vide de toutes ces horreurs . J’inonde mes draps de conneries en tous genres. C'est pas très efficace mais c'est mieux que rien et c'est tout ce que j'ai trouvé pour supporter les jeunes d'aujourd'hui...

 

Enfin, faut pas se plaindre non plus. J'ai pas eu de bol mais je suis pas sur roulettes. Je suis ni une chose ni un légume. Je suis ni maudit ni malade. Je suis pas foutu. Je suis juste différent. J'ai la tête sur les épaules et le caractère bien trempé. Je prends mon courage à deux mains et je me bats pour vivre ma vie, une vie bien remplie. Attachez vos ceintures !

 

Je me farcis l'âge bête et je poserai mes fesses sur les bancs de la fac, comme tout le monde. Je vais bosser comme un dingue pour avoir un diplôme et un job, MON job. Eh oui, qu'est ce que vous croyez ? Je suis peut être pas une tête mais la mienne est suffisamment pleine et dure ! Je vais me rendre utile, me faire un nom et une place dans cette société pleine de préjugés !

 

Je peux manger, me laver et m'habiller seul. C'est déjà pas mal mais j'en veux plus. Je vais couper le cordon, trouver mon petit chez moi. Je vais apprendre à cuisiner, faire mon lit, laver, étendre et repasser mon linge.... Non, je suis pas complétement timbrè. Non, je m'appelle pas superman mais oui, j'ai tout mon temps. J'ai deux de tension, je comprends vite mais il faut m'expliquer longtemps. Je m'en contrefous. C'est des choses simples, des choses de tous les jours. J'avancerai à mon rythme mais j'y arriverai. Je vais me défoncer pour gagner mon autonomie et mon indépendance. Quand on veut, on peut !

 

Je suis pas en sucre mais parfois un peu fragile. Mes vieilles cannes sont vite fatiguées. Les pauvres chochottes ont parfois trop froid, trop chaud ou trop peur. Je peux déconner de temps en temps mais pas trop. Si je pousse le bouchon, je le paie cher !

 

Vous l'aurez compris : je me connais comme si je m'étais fait. J'aime trop la vie pour pas la croquer à pleines dents. Je me préserve mais pas question de me priver. Je veux être sûr de pouvoir m'éclater avec mes potes, passer de jolis moments en famille, faire de belles rencontres ou admirer de superbes paysages. Je veux pas me la jouer perso mais vivre mes propres expériences.

 

Pour la bonne cause, il faut savoir faire des sacrifices. Du coup, je passe le contrôle technique toutes les semaines. Les muscles, les tendons, l'équilibre... Je suis manipulé par ds pros de la carcasse. Rien de tel pour repartir du bon pied, le gauche de préférence !

 

Non les cocos, faut pas rêver. Il y a des jours avec et des jours sans. Si mes batteries sont vraiment à plat, il m'arrive de me chouter. J'y vais mollo, rassurez vous ! La cocaïne, très peu pour moi. Je préfère les baignades, les soirées karaoké, les bons bouquins...

 

J'ai mes limites, mes forces et faiblesses, mes qualités et mes défauts, mes goûts et mes passions... Handicapé ou non, je suis et reste un mec comme un autre !

Proposé par Marlène